Mon 6 mai…

Chers amis, à 21 ans, alors que j’ai la chance d’être à Paris, j’ai pu vivre ce moment unique et tant attendu qu’est l’élection d’un président de la République de gauche. Aussi vais-je vous raconter cette journée qui restera marquante pour nous tous, et encore plus pour moi pour les raisons que je viens d’énoncer.

Ce qui s’est passé avant 18 heures n’a que peu d’importance au regard de l’ensemble de la journée. Matin et après-midi révisions d’allemand, entre les deux, repas au son des infos : abstention, bureaux de vote… et reportage sur les Inuit du Canada. Vers 16 heures, le site belge lesoir.be annonce des 1ers sondages de sortie des urnes : François Hollande l’emporterait avec 53% des voix. L’excitation monte. Footing pour se calmer, douche, préparation des drapeaux. Départ pour Solférino.

Arrivée à Solférino à 18 heures. Beaucoup de monde. J’arrive à me faufiler devant. Au départ, ambiance calme, cela m’inquiète. Puis peu à peu, la clameur monte. Vers 19h30, Harlem Désir et Benoit Hamon viennent chauffer la foule. C’est plié. Yeeessss ! L’ambiance est extra. 20 heures : l’explosion, la folie. Les ballons, les confettis, le champagne. Joie immense. Ségolène témoigne de sa « profonde émotion » sur la 2 : parfaite jusqu’au bout. Discours de Sarkozy que je n’ai pu entendre à cause des huées : je n’aime pas ces comportements, même si j’ai combattu le président, j’ai du respect pour l’homme. Martine Aubry salue les sympathisants depuis le balcon, des « vive Martine » et des « Martine 1er ministre » fusent. Puis longue attente. Enfin, François Hollande prononce son 1er discours de président. L’histoire est en marche. Et maintenant : tous à la Bastille !

Cortège de Solférino à la Bastille avec les MJS. Les gens nous applaudissent, nous saluent, nous klaxonnent. On chante la Marseillaise. Le cortège s’agrandit au fur-et-à mesure.

Arrivé à la Bastille, le cortège se disperse. L’accès à la place est impossible. Je me dis : « ce jour est trop exceptionnel, il me faut essayer d’avancer ». Je fends la foule, me fais étouffer, on essaie de me voler ma sacoche. Et alors que j’étais définitivement bloqué, un cortège de secouristes me permet de reprendre ma progression. Je saute 3 barrières, passe sous une tribune. Au bout de 30 minutes de galère, j’arrive pas loin de la scène. Je trouve une place parfaite sur une barrière. Yannick Noah chante. Je demande à des jeunes autour de moi : « beaucoup de personnes se sont exprimées ? » « oui ! » « Et Ségolène ? » « Pas encore. » Ouf ! Le destin est avec moi. Quelques instants plus tard en effet, Ségolène vient haranguer la foule immense de la Bastille, avec le talent qu’on lui connaît. De nouveau de la chanson : un groupe de femmes berbères. Beau symbole. Enfin, le moment tant attendu, la prise de parole de François Hollande. Grande émotion. Photo avec tous les socialistes. Ségolène arrive sur scène un peu en retard. Quand François Hollande l’aperçoit, il traverse la scène pour venir l’embrasser. Signification profonde de ce geste, grande émotion. L’unique larme de la soirée versée a été réservée pour ce moment. La fête se termine.

Sur le chemin du retour, je rencontre une jeune lycéenne du 16ème qui comme moi, se demande comment rentrer. Une seule solution : le Vélib’… Problème : elle ne sait pas faire de vélo (si, ça existe !). Qu’à cela ne tienne, nous voilà à traverser Paris à 2 sur un vélo, elle derrière, moi devant. En agitant le drapeau de Hollande et le drapeau de la France. Nous arrivons vers 2 heures du matin dans un 16ème arrondissement désert et où l’ambiance n’est pas à la fête… Même si François Hollande a fait progresser la gauche par rapport aux précédentes élections ! Je rentre chez moi épuisé, la voix totalement éraillée, les oreilles en feu. Je regarde les informations sur internet. Je me couche. Grande journée.

Amitiés.

François, étudiant, Paris 16e

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