Je suis Yoav Hattab

Je vous envoie un merveilleux texte en hommage à ce garçon tué à Vincennes. Il est écrit par Sara Horchani une jeune tunisienne qui parle de Yoav et des juifs tunisiens mieux que personne ne saurait le faire.
hattabdrapeau
Pas de réaction des autorités tunisiennes . Pas de condoléance envoyée à la famille Hattab alors que Yoav Hattab ne détient qu’une nationalité: tunisienne.
Le premier ministre tunisien a participé à la marche républicaine de Paris. Seuls Nida Tounes France 1 et Ennahdha ont réagi. Le reste c’est silence radio dans la classe politique tunisienne.

Heureusement que des citoyens tunisiens se mobilisent comme cette courageuse Elo Bourguiba ou bien l’association tunisienne de  défense des minorités pour la solidarité avec la famille.

Allô! un tunisien a été assassiné à la prise d’otage de Vincennes..
Allô! partis politiques tunisiens!
Allô autorités tunisiennes. Il y a quelqu’un?  C’est le silence. Il me semble ressentir la froideur de la mort dans ce silence.
Et quand est- ce qu’il y a enfin une réaction? C’est quand on  annonce son enterrement en Israël.
On se moque de la tristesse des proches c’est le silence côté solidarité et c’est le brouhaha côté polémique.
Le père de Yoav Hattab a défendu le vivre ensemble de la Tunisie dans les médias étrangers. Et les autorités et partis politiques tunisiens gardent le silence alors qu’un citoyen tunisien a été assassiné.
Pouvez-vous penser à la douleur d’une famille tunisienne?
Pouvez-vous penser à ce citoyen tunisien qui était fier de son pays natal, fier de porter le drapeau tunisien, fier de voter aux élections?
Pouvez-vous comprendre que c’est pour des raisons religieuses et non politiques que la famille souhaite enterrer Yoav Hattab en Israël? Je suis qui pour leur imposer un choix. Je respecte leur volonté et leur liberté?
Et d’abord avant tout je pense à la solidarité avec une famille endeuillée.Soyez humains. Quelle indécence de polémiquer sur le lieu d’enterrement de Yoav Hattab alors qu’on garde le silence, qu’on ne présente même pas les condoléances.
Ce silence est une atteinte à une partie de l’Histoire de la Tunisie. Une atteinte aux principes démocratiques.
Ce silence affecte la citoyenne tunisienne que je suis. Elle me blesse en tant que républicaine tunisienne, en tant que fervente militante de l’égalité.La base de toute démocratie est l’égalité entre citoyennes et citoyens quelque soient leurs origines.
Triste de voir les partis démocrates et de gauche se faire doubler par Ennahdha le comble.
C’est le devoir de la Tunisie de rendre hommage à Yoav Hattab. Il est citoyen tunisien victime d’un horrible assassinat. Assassiné car il était juif. Car il se trouvait dans un magasin casher pour faire ses courses avant shabbat.

C’est le devoir de la Tunisie de respecter tous ses citoyens quelque soit leur confession.Et il y en a assez ces soupçons perpétuels  de manque de fidélité et de loyauté auprès de nos concitoyens juifs.

Ils ont fait la Tunisie avec tous les citoyens. La Tunisie sans les juifs n’est pas la Tunisie. La culture tunisienne qui unit une belle diversité  d’origines riche de son Histoire plurielle est nourrie par la culture juive. Les synagogues, les traditions, les arts culinaires, les bijoux; les musiques juives font partie du patrimoine tunisien. Cela fait des siècles que la Tunisie a eu sur ses terres des juifs. Quelle fierté d’avoir cette synagogue de la Ghriba lieu de pèlerinage.
Souvenez vous de Habiba Mssika jouant « Patrie : les martyrs de la liberté » enroulée dans le drapeau tunisien et scandant des slogans indépendantistes et arrêtée par les autorités coloniales pour cela.
Réécoutez Georges Adda nous racontant la résistance du peuple tunisien pour son indépendance. Les murs de prison tremblant sous le chant des prisonniers accompagnant les condamnés à mort.  » c’est ça le peuple tunisien » disait-il fièrement.
Des tunisiens juifs ont milité dans le parti neo-destour comme André Barouch
Écoutez les chanson d’Henri Tibi.  » La Goulette c’est le plus beau coin du monde » sur Tunis  « je rêve la Tunisie »!
Des tunisiens juifs ont contribué à bâtir une Tunisie des Libertés et de Justice comme Gilbert Naccache ou Sophie Bessis
Regardez les larmes de Michel Boujenah et de Serge Moati lors de la révolution tunisienne l’émotion accompagnant toujours leurs mots quand ils parlent de la Tunisie.Et c’est ainsi pour les tunisiens juifs de par le monde. Ils parlent de la Tunisie avec fidélité et attachement. Dans le documentaire « bons baisers de la Goulette »,l’un dit  » on ne dit pas qu’on est juif, on dit qu’on est juif tunisien ».
Elles sont ridicules ces leçons de patriotisme données à ces amoureux de la Tunisie qui lui donnent tant.
Et pourtant, que d’injustices sont subies par nos concitoyens. Parce qu’ils sont juifs. La discrimination dans les lois, l’interdiction de se présenter aux élections présidentielles; de servir dans l’armée, dans la pratique pas accès à la fonction publique. Quelle tristesse ces synagogues et ces cimetières laissées à l’abandon. C’est une partie de l’Histoire de la Tunisie qu’on laisse à l’abandon
Pourquoi dans les écoles tunisiennes n’est pas enseignée cette Histoire?  Comment se fait-il que des jeunes tunisiens s’étonnent de voir des juifs tunisiens revenus faire un tour à leur pays natal leur apprendre qu’il existe des juifs tunisiens. Pourquoi n’y a t il pas une avenue honorant le chanteur Raoul Journo? Doukha le grand-père de Yoan Cohen, une autre victime  de l’attentat de Vincennes d’origine tunisienne
Plusieurs tunisiens ou des personnes d’origine tunisienne ont été assassinées cette semaine  en plus de Yoav Hattab et Yohan COHEN .Francois-Michel Saada, d’origine Tunisienne Elsa Khayat Tunisienne originaire de Sfax ;Georges Wolinski né a Tunis, de père Polonais et de mère Tunisienne….
Et pas un mot des autorités tunisiennes
Alors Yoav Hattab;  bel ange,repose en paix. Même si tu es loin de ton pays natal, je connais ton amour et ton attachement pour la Tunisie.  Je n’ai que faire des polémiques qui négligent la douleur humaine, ces polémiques intolérables irrespectueuses. Yoav Hattab, j’ai le cœur lourd, rempli de tristesse, de folle colère face à ton assassin; de la colère face à la haine. La rageante question brûle ma tête:comment de tels monstres peuvent exister
Repose en paix cher enfant de la Tunisie. Tu continues à vivre dans ma mémoire, dans mon panthéon tunisien.
Yoav Hattab tu portais sur ton dos avec fierté le drapeau tunisien  quand des islamistes veulent le changer en drapeau noi

Je suis tunisienne et je ne t’oublie pas. Où que tu sois enterré; tu demeures mon concitoyen regretté ya khouya*.

Je suis Yoav Hattab. Il est mon Histoire. Il est mon pays. Je vous appelle démocrates de la Tunisie. N’oubliez pas notre concitoyen, nos concitoyens.

Vite la Justice  et l’Égalité!
                                                       Sara Horchani – Tunisienne musulmane
*mon frère en arabe
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9 réflexions au sujet de « Je suis Yoav Hattab »

  1. Merci Sara, votre texte fait du bien après toute cette peine.

    Respect, Sara, vous avez de la clairvoyance et le courage nécessaire pour parler dans un contexte difficile et peut-être dangereux.

    Prenez soin de vous.

    • Merci madame Novelli pour ce très joli texte que j’approuve dans son intégralité.
      Je suis un juif né à Tunis (11 nhege El Mharrek, 11 rue du Meharek) le 4-avril 1943 (alors que l’armée nazie occupait Tunis….depuis le 10 novembre 1942).
      Mes quatre grands parents (qui ne sont jamais allés à l’école !!!) ne parlaient que l’arabe quand mes parents étaient enfants. Ainsi la langue maternelle de mes parents est l’ARABE….et dans tous mes souvenirs, alors qu’ils savaient parler français parfaitement (eux sont allés à l’école française) je ne me rappelle pas les avoir vus, quand ils parlaient entre eux, s’exprimer autrement qu’en arabe. Mais à la génération suivante (ma mère ayant 4 frères et 3 soeurs et mon père 3 frères et 4 soeurs) nous somme plus de 42 cousins et cousines et cependant il n’y en qu’un seul qui a choisi l’arabe en seconde langue, c’est moi !
      Ainsi je suis le seul de la famille qui sait le lire, l’écrire et le parler un peu. Les autres connaissent une vingtaine de mots et quelques expressions. Pour ma part, je dois bien connaître mille mots dont au moins une cinquantaine de verbes dont notamment : rire, pleurer, manger, courir, aimer, désirer, vendre, acheter, naître, mourir, entrer, sortir, raconter, aller, venir, partir, chanter, jouer, nager, lancer, se souvenir, voir, regarder, déféquer, pisser, travailler, demander, griller, frire, cuire…….
      Par exemple je vous traduis les deux phrases suivantes :
      « Je suis un juif de Tunis et j’aime La Goulette » :
      انا يهود من تونس و نحَب حلٌق الواد
       » Des amis de mon père, deux frères, Hamadi et Aazdine Bel Hadj m’apprenaient le judo, ….et je les aime » :
      حباب بَبَ تنين خوات حَمادي و عزْدي بلْحَدْج كانو يعلْموني الجُدو و انا نحبْهم
      Je me souviens même d’un idiome, qui n’a pas d’équivalent en français :
      « terrnibik » et que je traduirais (sans exprimer exactement son sens et sa saveur) par « or, en réalité, le fond de l’histoire c’est…… »

      De plus, j’ai vêcu à Tunis jusqu’à 18 ans 1/2 . Je suis imprégné des parfums (jasmin, fël et rose de tunisie que je sentais plus particulièrement à L’Ariana et à El-Menzah) , des goûts (Rouh-El-Bey , manicotti , bombaloni , beignet, pain-blanc, melhe-ou-bninin, zaarour, gergueb, boutargue de mulet ou de thon et même des caramels et petites meringues vendus par des marchand ambulants)… et des paysages (Le Boucornine, Sidi-Bou-Saïd, Rahouad, la bée de Bizerte) de la musique et du folklore (fille dansant avec une gargoulette sur la tête au son d’une musique jouée à la flûte). Je me souviens aussi du goût, très particulier, de l’eau du « Bir bel ahssen » que des vendeurs transportaient sur un âne dans des outres et vous faisaient déguster dans un halèbe.
      Je me souviens aussi du thé bu aux café des nattes à Sidi-Bou-Saïd; du café de La Marsa où il y avait un dromadaire qui faisait tourner une roue…., du rémouleur avec sa meule à pédale et qui s’annonçait en criant « à l’aiguiser les couteaux, à l’aiguiser les ciseaux ! ».
      Autre souvenir le TGM (abréviatin de TUNIS GOULETTE MARSA). Il partait de l’avenue Jules Ferry (aujourd’hui avenu Bourguiba) de Tunis, longeait le canal de Tunis (environ 8 km) et s’arrêtait à toutes les plages, dont la première est la Goulette (mais il y avait trois arrêts goulette-vielle , goulette-neuve et goulette-casino) ensuite c’était Khérédine , l’Aéroport , le Kram , Carthage , Salambô , Hamilcar……la mon souvenir s’estompe (peut-être y-avait-il Sidi-BouSaïd…et Rahouade …) mais çà finissait par marsa-ville et marsa-plage.

      (Je me permets de rappeler ici que la première phrase du roman de Flaubert « Salambô est :  » C’était à Méguara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar » ).

      Enfin je suis allé à l’école (le Lycée Canot de Tunis, avenue de Paris, mais, pour le grand Lycée en-tout-cas, l’entrée se trouvait rue Guynmer) de la 12ème jusqu’en 1ère, Terminale et MathSup…ce qui fait 14 années !!!! (La 11ème correspond au CP d’aujourd’hui. En 11ème on n’apprenait qu’à lire !).
      Je tiens à préciser que dans chacune de ces classes la majorité des élèves étaient arabes musulmans, qu’il y avait presqu’autant de juifs et quelques chrétiens. Hé bien je ne me souviens pas de la moindre altercation ou même friction due à des motifs religieux ou même politiques. On s’entendait très bien et nous plaisantions souvent avec nos camarades….quelquefois en arabe.
      De plus, il me revient, que ma mère m’a dit que, quand elle avait 10 ans (donc en 1929) ils habitaient un appartement, dans un quartier très modeste de Tunis, dont la porte se situait à deux mètres de celle d’un autre appartement, occupé lui par une famille musulmane. Hé bien, l’été ces portes restaient ouvertes dans la journées et les enfants des deux familles circulaient librement d’un appartement à l’autre et jouaient ensemble. Je dois préciser, pour bien montrer le degré de tolérance qui régnait, que le père de ma mère était officiant à la synagogue du quartier? …..je pourrais continuer encore longtemps et parler de la cuisine, des chouèyes (rotisseurs, même racine que mechoui : du verbe arabe yechui , ROTIR. Il y a même une salade à base de poivrons et tomates grillés la slata méchouièyè, SALADE GRILLEE, mais les connaisseurs disent la méchouièyè), des parties de pêche au « bloc de la Goulette »…..ce sera pour une autre occasion.
      Merci de m’avoir lu jusqu’au bout.
      Gérard Cohen-Zardi
      P.S. Zardi est un nom arabe …hé oui !

      • Merci pour ce témoignage émouvant M. Cohen-Zardi. Nous sommes tous des tunisiens nostalgiques!
        Oui je partage vos souvenirs!
        Bien amicalement
        Annie Novelli

  2. J’ai été très émue par ce qu’exprime Sara Horchani. Je suis juive tunisienne et je serai heureuse de lui adresser mon ouvrage sur les Juifs de Tunis où Habiba Messica est mon fil conducteur ainsi que les relations judéo-arabes que je mets en valeur dans mon essai.
    Le titre est : « Le Passage », de la Hara au Belvédère, histoire d’une émancipation.
    Puis-je à cet effet, avoir l’adresse électronique de Sara et converser avec elle. J’ai tant écrit sur la Tunisie qui ne nous quitte pas.
    Voir sur Google : la page de Viviane Scemama Lesselbaum
    Socialistes salutations!
    Viviane

  3. bravo et merci pour ce que vous avez écrit c est exactement ce que je pense personnellement en vous écrivant, j ai la chaire de poule et les larmes aux yeux. La Tunisie n est pas la Tunisie sans nos frères .cousins .ami(e)s les juifs tunisien.

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